Stacey Kent
"Je suis plus mature aujourd’hui"
A l'occasion de la sortie de son (excellent) nouvel album Breakfast on the Morning Tram, Musiqualité a rencontré Stacey Kent. Sonorités feutrées, douces et tellement Jazz: Stacey Kent nous offre là un album d'exception.
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Stacey Kent
: « Je n’ai jamais étudié la musique. En fait, je dirais que je l’ai étudiée sans le savoir. Car j’ai écouté énormément de musique: quand j’accompagnais ma mère qui faisait du shopping, dans les restaurants... »
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Blue Note-EMI / DR |
Tu viens de quitter le label Candid pour Blue Note, le vois-tu comme une évolution positive?
C’est surtout génial, je me sens très bien chez eux car ils souhaitent que je continue à être «moi-même». C’est une maison de disque qui ne veut surtout pas suivre ‘la formule qui marche’, elle est très indépendante pour résumer. Avec Blue Note, les artistes sont tous très différents. Et puis c’est un label très ouvert, notamment au jazz. Ils m’ont donné beaucoup de confiance en moi.
Et de la liberté aussi?
Bien sûr. Même énormément de liberté. On a discuté des idées, ils m’ont laissé faire ce que je voulais faire. Ils ont aimé mes idées et m’ont aussi proposé quelques chansons en français, dont les deux de Gainsbourg. C’est ainsi que j’ai pu choisir ce que je voulais chanter. Ils me comprennent en définitive.
Deux très belles reprises d’ailleurs, mais pourquoi Gainsbourg alors?
Les deux titres étaient très faciles à choisir. Je ne les connaissais pas avant. Dès l’instant où je les ai écoutés, je savais que je voulais les chanter. C’est vraiment deux chansons de «Gainsbourg», c’est lui: c’est son caractère, ses qualités. Pour moi il est tellement de choses: il est romantique, drôle, sérieux, adulte, original… Il aime jouer avec les paroles, et moi aussi j’aime ça. C’était un choix évident pour moi.
Quel est ton rapport avec la musique?
D’abord je n’ai jamais étudié la musique. En fait, je dirais que je l’ai étudiée sans le savoir. Car j’ai écouté énormément de musique: quand j’accompagnais ma mère qui faisait du shopping, dans les restaurants, ou tout simplement chez moi. Il y avait beaucoup de musique à la maison. Du folk, du classique, du jazz… Mes oreilles ont donc toujours été attirées par ça.
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Stacey Kent
: « Sur scène, je ne peux pas être dans un rôle et porter un costume. Je ne peux pas être ‘acteur’. Alors ce que j’aime dans le jazz ou la folk, c’est le jeu avec les musiciens, c’est de pouvoir être soi-même sur la scène. »
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Nicole Nodland |
A ce sujet, qu’est-ce qui t’inspire dans la langue française et plus généralement dans la France?
La langue française fait partie dans mon histoire. Mon grand-père a quitté la Russie lorsqu’il était adolescent pour s’installer en France. Ensuite, il est allé aux Etats-Unis pour rencontrer le reste de sa famille. Il a développé un amour pour la France, un amour qui était toujours très fort. Quand j’étais jeune, les langues c’était quelque chose d’évident ; dans le sens où je devais développer ma culture dans ce domaine. Tout comme avec la musique. Mon grand-père m’a «choisi» pour partager avec moi son amour pour la France ; il m’a beaucoup aidé, m’a apprit la poésie, la littérature, la musique. Quand j’étais étudiante, je voulais continuer ça. C’est aussi pour ça que j’ai choisi d’interpréter des chansons en français.
Et puis ce n’est pas la première fois...
Bien sûr, tout ceci n’est pas improvisé. Je n’ai rien calculé. J’ai déjà fait des chansons en français dans de précédents albums. De toute façon, je ne peux pas laisser de côté mes inspirations françaises. D’ailleurs, je vais continuer à faire des chansons en français! Je ne fais aucune différence entre l’anglais et le français.
As-tu des influences musicales marquantes?
Dans ma jeunesse, j’ai été énormément inspirée par la musique qu’écoutait ma famille. Lorsqu’on est jeune, on doit être comme les gens plus âgés. Je pensais que ma sœur était très cool, et je voulais être un peu comme elle. Alors j’ai écouté ses disques: essentiellement de la folk (Joni Mitchell, Neil Young, etc). Et puis la musique de mes parents: du classique (Chopin, Mozart…). Et puis on est allés à l’Opéra, beaucoup. Je suis tombée amoureuse de Mariah Carey. J’ai adoré cette voix, si fragile et très forte en même temps. J’étais bouleversée par ça. En plus j’avais un amour pour les voix: Ray Charles, Mariah Carey, Nick Drake…
On dira volontiers que Stacey Kent fait du jazz. Mais toi, comment définis-tu ta musique?
Pour moi, le genre n’a pas d’importance. Je suis quelqu’un qui aime, qui adore tout ce qui a une sensibilité. Le jazz j’adore. Sur scène, je ne peux pas être dans un rôle et porter un costume. Je ne peux pas être ‘acteur’. Alors ce que j’aime dans le jazz ou la folk, c’est le jeu avec les musiciens, c’est de pouvoir être soi-même sur la scène. De communiquer facilement. Avec cet album, on a abandonné la formule classique de jazz. Une formule qui limite si vous voulez. On a cherché la formule qui me permettrait de jouer avec les musiciens, de pouvoir être libre vocalement et physiquement sur scène. On a fait des arrangements où je peux prendre plus de liberté, et où si j’«improvise», si je ne chante pas comme d’habitude, les musiciens peuvent suivre derrière. C’est ça le jazz. Tout le monde a de la liberté.
Tu sembles très indépendante… l’indépendance c’est ce que tu aimes, ce que tu désires?
Ce n'est pas tant une question de vouloir ou aimer. Aujourd’hui je suis plus mature, plus âgée. J’ai déjà fait six disques chez Candid. Je sais quels sont mes besoins, mes désirs, les choses que je dois partager ou garder pour moi-même, les idées que je veux exprimer. Je sais ce que je veux, et je suis indépendante. Je n’ai pas créé un album qu’on attendait. J’ai eu de la chance: ma maison de disque m’a laissé m’exprimer. Je suis cependant toujours ouverte aux idées des autres, car on ne peut pas se développer sans les autres, mais en même temps il y a une balance car je dois être toujours moi-même. C’est ça la clef.
Même si tu ne composes pas, es tu professionnaliste et exigeante?
Je me vois comme interprète et je suis bien comme interprète. La raison pour laquelle ça fonctionne aussi bien, c’est parce que je me connais et je sais ce que je veux. Oui je suis exigeante, et c’est normal. Bien sûr je cherche toujours. Je cherche des chansons qui peuvent marcher pour moi par exemple. Pour moi c’est comme les acteurs, il y en a qui sont très doués par nature et d’autres on pense qu’ils sont doués mais en fait ils choissent les rôles qu’ils jugent bons pour eux.
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Entre la scène et le studio, que préfères-tu?
C’est dur! J’adore être sur la scène pour partager la musique. C’est naturel et organique, c’est beaucoup de choses : l’humeur du public, la relation entre moi et les musiciens. On créé quelque chose ensemble chaque soir. L’enregistrement studio c’est plus compliqué ; on veut de créer quelque chose de spontané. On a réussi à le faire avec ce nouvel album, mais ça n’a pas toujours été le cas. C’est la première fois que je suis tout à fait à l’aise en studio. J’étais avec mon nouveau groupe. Alors la raison c’est peut-être qu’il y a une osmose dans le groupe. On s’écoute, on s’aime beaucoup. Ce n’est pas juste moi et les musiciens, c’est entre-deux aussi. J’aime voir comment ils jouent ensemble, comment ils réagissent ensemble. Cette fois c’était vraiment une joie d’enregistrer l’album, et je ne peux pas te dire que c’était toujours une joie avant. Quand je quittais les studios avant, je me souviens qu’à des moments je voulais y retourner, je voulais changer des choses. Cette fois je suis parti très loin et j’étais satisfaite. Je ne voulais rien changer. J’espère que maintenant je vais continuer à développer, mais j’avais une satisfaction que je n’avais jamais eue avant. Mais le live, chaque nuit c’est différent, ça me touche différemment.
Cet album te donne beaucoup de confiance en toi alors?
Oui, ce que le nouvel album m’a donné c’est un sens de la confiance en moi. En même temps, ça m’a aussi apporté beaucoup de vulnérabilité. C’est très personnel, je considère que c’est l’album le plus personnel. C’est comme être nue, je suis vulnérable. Lorsqu’on sort un album, il n’est plus à vous. Bien sûr, je l’ai créé: c’est comme mon enfant et je suis très impressionné avec. Mais je ne sais pas ce qui va se passer dans le monde avec. Quand il sort, c’est comme un enfant qui grandit. On ne sait pas tout.
La chose dont je suis consciente, c’est que j’ai fait le meilleur travail que j’aurais pu faire à cette époque là. J’ai donné beaucoup de temps, de travail et d’amour à cet album. Il y a des choses que je veux continuer, mais j’ai fait le meilleur comme je viens de le dire.
Sur scène, qu’est-ce que tu cherches à apporter aux gens: partage, détente, plaisir?
On partage quelque chose de très fort sur scène. On entre dans la salle et on s’attend à avoir une expérience où l’on peut trouver de la joie, de l’optimisme. Je suis là sur la scène et je donne, mais le public me donne aussi beaucoup. Je trouve l’expérience très intime, même si je suis dans une grande salle. La façon dont je joue avec les musiciens, c’est toujours intime ; ça ne change jamais. J’aime chuchoter, partager. Je pense que les gens qui viennent me voir, je ne les connais pas vraiment, mais je pense qu’ils viennent aussi pour partager quelque chose de très optimiste et intime avec moi et mon groupe.
Pour finir, dans la vie est-ce que tu es aussi détendue que ta musique?
Si je comprends bien la question je crois que c’est un compliment (rires) et je vous remercie. La raison pour laquelle ça me touche, c’est que dans la vie je fais un effort constant pour être détendue. Je me sens très relaxée lorsque je joue la musique, et c’est dur et facile en même temps. Je ne suis pas embêtée par les petites choses sur scène et je ne souhaite surtout pas l'être! Je fais tout pour que ça n'arrive pas en tout cas.
Stacey Kent en concert:
Paris le 17/10/2007
Bruxelles le 24/10/2007
Reims le 21/11/2007
Lille le 09/03/2008
Paris le 26/03/2008 
Propos recueillis par Simon Lamellière
Aller plus loin (liens) :
http://www.staceykent.com/
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