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Syd Matters "Je suis très client du paranormal"

Troisième album pour le groupe français Syd Matters. Un opus qui dégage beaucoup de bonnes choses. Rencontre avec son chanteur/compositeur, Jonathan Morali.

propos recueillis par Simon Lamellière | le 05/03/2008

Syd Matters :

« Avec des Guitar Part, une revue qui paraît tous les mois, j’ai un peu appris à jouer. Mais je ne sais pas lire la musique, j’ai appris un peu à l’oreille. »


Photo © DR

D’où vient le nom de votre groupe ?
Au début c’était Syd Project, et la maison de disque dans laquelle j’étais m’a expliqué que ce n’était pas terrible. Du coup on en a choisi un autre. C’est une référence à Syd Barrett, mais ça a été choisi en quelques minutes. Le nom n’était pas le plus important pour moi.

Vous dites souvent vous isoler pour l’écriture d’un album, vous êtes pudique ou bien..?
Non, j’ai juste commencé à faire de la musique comme ça, dans ma chambre. Pour moi c’est l’endroit où je fais de la musique, précisément dans ces conditions là. J’ai gardé cette habitude de l’adolescence.

Le son Syd Matters est assez inédit, on se demande donc d’où viennent vos influences… Quelles sont-elles ?
Il y en a plein, et pas seulement musicales. Les Pink Floyd, Radiohead, Nirvana… C’étaient mes premiers « chocs » musicaux. Enfin, je crois que je m’en rends pas compte personnellement.

Vous avez fait des études dans la musique ?
Je n’ai pas eu de formation musicale. Avec des Guitar Part, une revue qui paraît tous les mois, j’ai un peu appris à jouer. Mais je ne sais pas lire la musique, j’ai appris un peu à l’oreille. J’ai commencé sur une guitare qu’on m’avait prêtée. Ensuite, je m’en suis achetée une.

Vous avez toujours fait de la musique ?
Lorsque j’ai signé pour la première fois dans une maison de disque, j’avais 20 ans. J’étais étudiant à l’époque, ou vaguement étudiant. J’étais en fac d’Histoire, et j’attendais un peu que ça se passe. J’ai toujours su que j’allais faire de la musique, de manière assez naïve. Je me rends compte aujourd’hui que j’avais pas du tout de plan B. J’étais en Fac pour avoir du temps, mais je n’avais aucune vocation pour l’histoire (par exemple).

Est-ce que vous croyez aux fantômes ?
(rires) Oui bien sûr, je crois que je suis très client du paranormal [peut-être ironique, ndlr], je crois beaucoup aux extraterrestres. Parfois j’en ai très peur.

Mais vous n’en avez jamais vu…
Ah non. Pendant l’enregistrement du disque j’ai bien cru qu’il y avait des fantômes dans la maison. Il y a eu une sorte d’insomnie collective, on était dans un manoir isolé. Je me rappelle surtout d’une nuit où j’entendais des bruits très bizarres. J’ai eu très peur ; en fait, c’était un des chiens qui frappait avec sa queue par terre pendant son sommeil.

Un rapport avec le titre de l’album ?
Non pas vraiment. Les « jours fantôme » [Ghost Days, ndlr] c’était peut-être plus pour parler des jours de composition où je n’ai plus eu de connexion avec le monde.


Syd Matters :

« Les artistes qui m’ont donné envie de faire de la musique sont anglo-saxons. C’est une langue qui me convient car on chante différemment »


Photo © DR

Votre disque sortait le 14 janvier, et il était déjà en libre écoute avant sur Deezer.com. Vous étiez au courant? Qu’en pensiez-vous ?
J’ai vu ça et je pense que c’est très bien. On n’a pas choisi de faire une musique très commerciale, il n’y a pas un public énorme pour ce genre de musiques en France. La seule chose que je vois, c’est que les gens peuvent l’écouter. En soi c’est une chance énorme. Je suis entouré de gens qui font une musique qui se rapproche de la mienne, et qui n’ont qu’une seule envie : c’est d’avoir la chance d’être au moins écouté. Mon but, c’est vraiment que les gens puissent écouter ma musique avant de l’acheter.

Et pour les autres ?
Si l’on juge avec des critères un peu dépassés, ça peut faire peur. Effectivement, dans la façon d’écouter la musique… Il y a une sorte de tradition d’acheter un disque, rentrer chez soir, le sortir de son plastique… l’écouter ou lire la pochette. Sur Internet, c’est une nouvelle écoute. La chose vraiment révolutionnaire c’est que ça ne coûte plus très cher d’écouter la musique. Lorsque le CD est arrivé, les défenseurs du Vinyle criaient au scandale et avaient peur pour la qualité. Aujourd’hui la mentalité a changé pour ce débat.

Pourquoi le choix de l’anglais dans vos chansons ?
Je crois que c’est culturel : les artistes qui m’ont donné envie de faire de la musique sont anglo-saxons. Le cinéma américain est également très important pour moi. C’est une langue qui me convient mieux que le français. On chante différemment, on ne dit pas les mêmes choses, la sonorité des mots n’a rien à voir. C’était donc plus naturel pour moi en anglais.

Au sujet de votre titre My Lover’s on the Pier, on trouve de la tristesse et beaucoup de beauté. Ces deux termes caractérisent-ils votre projet dans son ensemble?
Il y a ces deux choses là, bien sûr, mais tout bêtement je n’ai pas beaucoup de capacité vocale. Certaines chansons, je les aurais voulues un peu plus gaies, mais simplement avec ma voix monotone, ça donne un côté un peu mélancolique. La voix donne un ton qui n’est pas forcément maîtrisé, après il y a plein de choses dans la musique. Surtout beaucoup plus de choses que ce qu’on a voulu mettre dedans. On me dit souvent qu’il y a de la mélancolie dans ce qu’on fait avec Syd Matters. C’est qu’il doit y en avoir, mais ce n’est pas vraiment une intention. La musique c’est de la sensation pour moi, pas de l’analyse.

Quel est votre rapport à la scène ?
On fait un disque, ce sont toujours des périodes assez confises. Ensuite, on monte sur scène. Ca va être notre vie pendant quelques temps. C’est quelque chose qui est clairement essentiel, et difficile. C’est un autre rapport à la musique ; pour moi c’est ce qui différencie de quelqu’un d’autre. Faire de la musique, c’est faire des concerts. Ce sont des moments très forts, c’est la vérité de ce qu’on fait. Ce n’est pas très naturel de figer une chanson comme ça sur un disque ; la façon d’enregistrer une chanson dépend essentiellement du jour, de l’humeur, etc. Sur scène, elle ne sera jamais pareille, elle sera inédite et elle vivra.

Au contraire, votre rapport au studio ?
Ce que je disais tout à l’heure, c’est que c’étaient des moments assez difficiles. On va figer quelque chose, et on a toujours une idée d’une chanson avant de l’enregistrer. Au final, dans le meilleur des cas c’est mieux, dans le pire on se sent frustré car on n’a pas réussi à obtenir le résultat qu’on avait en tête. C’est assez compliqué à gérer, il y a toujours de la pression avant d’aller en studio. Dans « enregistrer », il y a le côté « tout ce qui va rester ». C’est difficile à gérer.


Syd Matters :

« ... »


Photo © DR

Pour finir, je vous propose le fameux questionnaire piqué à Bernard Pivot… et que Musiqualité reprend à chaque interview ou presque !

Quel métier auriez-vous pu exercer si vous n’aviez pas été musicien?
De l’artisanat. J’adore la vie dans ces domaines là.

Et quel est le métier que vous n’auriez pas pu exercer?
Il y en a beaucoup. Je n’aurais jamais pu travailler dans la musique, en dehors de « musicien ».

Quel est votre expression ou mot préféré?
Je dis souvent « tu vois ». Souvent même à des gens que je vouvoie. Et à un moment tu sors un tu vois… Ca m’est encore arrivé tout à l’heure et je me suis trouvé grotesque.

Quel est votre héros imaginaire ou réel préféré?
J’aime bien Aragorn du Seigneur des Anneaux. Parce qu’il a vraiment la classe, et mine de rien ce n’est pas facile ce qu’il fait dans cette histoire. C’est pour moi la figure du héros qui a une montagne à faire et qui l’a fait.

Quelle personne célèbre vous auriez aimé être?
Paul McCartney. Mais pas très longtemps quand même, une journée. Je me dis que toute sa vie, on lui a parlé de ce qu’il avait fait quand il était jeune. Un mec de 50 ans, je ne suis pas sûr qu’il ait envie d’entendre que sa vie s’est arrêtée à 26 ans. Ca doit être un peu énervant… Mais je pense que des fois dans son lit il doit se dire : « boaf j’ai fait quelques trucs importants dans ma vie ».


Propos recueillis par Simon Lamellière
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Aller plus loin (liens) :

http://www.sydmatters.com/
 

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