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The Bad Plus au New Morning, Paris, le 1er mars |
The Bad Plus au New Morning, Paris, le 1er mars "Suspicious activity"
A l’occasion de la sortie de leur nouvel album « Suspicious Activity », le trio au jazz aventureux et décapant est venu saluer le public parisien dans la célèbre salle du New Morning.
Cela fait longtemps qu’ils se connaissent. David King (dm) et Reid Anderson (b) chantaient dans un groupe de rock au début des années 80. En 1989, Reid a rencontré Ethan Iverson (p) et tous les trois ont commencé à se frotter au jazz en 1990. The Bad Plus était né. Sur la base d’un trio d’amis soudés comme les doigts de la main. Aujourd’hui ils sont reconnus pour leurs compositions explosives qui marient force et doigté. Explications.
Le batteur ressemble à Popeye, des gros bras mais un touché très délicat sur la ride, le contrebassiste avec son jean ample pourrait sortir de l’université, le pianiste, lui, la joue sobre, au second degré, avec un costume noir et une cravate rouge. Ils aiment parler à regarder l’air appliqué qu’ils prennent à présenter chaque morceau. Décontraction assurée à l’écoute de leur récit. On apprendra qu’Elvin Jones mange des Donuts en tournée et que pour composer un morceau en son hommage, ils ont décidé de retranscrire l’ambiance d’un resto à Donuts…Eclat de rires dans la salle.
Avec The Bad Plus, on entre tout de suite au cœur des thèmes. Densité, contraction, relâchement, les improvisations du trio dessinent les contours d’un univers assez déconstruit. Des harmonies à la Carla Bley pour les frottements, des breaks dans l’esprit Naked City pour les césures nettes. Dans tous les cas surprenant. Une reprise musclée de « To live or let die » des Beatles a cloué le public. Car il y a souvent un caractère subversif et sulfureux qui se dégage de leur jazz. C’est probablement le côté « bad » qui ressort. Des Placebo du ternaire.
Plongé dans cette atmosphère si particulière, on se croirait pris dans l’engrenage d’une montre qui n’indiquerait jamais la même heure. Drogué par le charme éthéré des vapeurs d’absinthe musical, l’auditeur écoute, les oreilles écarquillées, tandis que le tout s’accélère dans une tension palpable. Une énergie contenue comme une mousse de champagne prête à se renverser au bord d’une flûte. « Suspicious Activity », c’est une pancarte que l’on trouve au dessus des portiques de sécurité de l’aéroport de Minneapolis. Elle invite les passagers à déclarer toute activité ou intention suspectes. Leur musique est une dénonciation de la paranoïa sécuritaire qui règne dans nos sociétés contemporaines. Contre cette chape, The Bad Plus balance un son à la tonalité neuve et décapante. On aura compris le message.

Vincent Fertey
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