The Besnard Lakes Are the dark horses. Et leur son nous parvient de Montréal, qui n’a décidément pas fini d’attirer l’attention. Mais surtout, ils nous offrent avec ce deuxième album un délice protéiforme, inépuisable.
par Fanny Chiarello | le 02/04/2007 | genre: rock orchestral
Si l’on s’en tient aux photos promotionnelles de Besnard Lakes et à la pochette de leur petit dernier, on risque de penser qu’un disque de métal s’est perdu au rayon Indie. Mais, à quelques flambées de guitare près, on aurait tout faux. Une fois de plus, c’est un groupe singulier et donc difficilement classable qui participe au rayonnement de Montréal en tant que terreau d’un rock en plein renouveau. Quelque chose dans l’air de cette ville doit stimuler très fortement les zones du cerveau dévolues à la créativité, à l’audace formelle et à un lyrisme sans complexe. Ajoutons à cette évidence l’esprit partageur qui anime les réseaux artistiques au Canada, et l’on comprend mieux que cette scène soit aujourd’hui la boîte à bonbons de tous les déçus et blasés du rock, de tous les chercheurs de sensations fortes et inédites.
Imaginons un instant ce que doit être la vie d’une jeune femme telle que Sophie Trudeau. Violoniste de Godspeed You ! Black Emperor, elle a co-fondé A Silver Mt Zion, joué sur Wake Up d’Arcade Fire , mais aussi, par ci par là, pour Valley of the Giants, Kiss Me Deadly ou d’autres, du violon, de la basse ou de la trompette – pas encore de ukulélé, selon les informations dont je dispose – et la voici créditée sur le nouvel album de Besnard Lakes. Le plus amusant, c’est qu’elle est aussi très belle ; les richesses sont décidément mal réparties sur cette planète. Cela dit, avec un tel CV, elle ne doit pas avoir beaucoup de temps pour faire des promenades en barque avec son bien-aimé alors ramons au lieu de l’envier.
Il faut dire que le Canada se prête bien à ce genre de participations, avec ce goût prononcé que semblent partager nombre de ses groupes et collectifs pour les riches orchestrations : les cordes, les cuivres et les chœurs y sont souvent généreux. Il faut beaucoup d’amis pour s’offrir ce genre de grand format. C’est le cas de Besnard Lakes. Collectif à géométrie variable, le couple (oui, couple) Jace Lasek et Olga Goreas passe avec bonheur, dans son magnifique deuxième album, de la formule en duo à des titres sur lesquels se côtoient jusqu’à quatorze musiciens. Jace Lasek étant ingénieur du son, on ne perd pas une goutte des chansons fleuves qu’il a écrites et arrangées, aucune subtilité ne se noie dans l’ensemble et l’on savoure autant les détails que l’ensemble, ce qui tient de la prouesse. D’autant qu’il s’agit de chansons complexes, Besnard Lakes ne faisant pas dans la pop adhésive que l’on fredonne pendant trois jours après en avoir entendu une fois le refrain à la radio. Pour tout dire, Are the dark horses ne comporte aucun titre formaté pour la radio, avec des durées comprises entre 4’05 et 7’21, des structures complexes ou du moins recherchées. A cet égard, le Disaster qui ouvre l’album est très annonciateur : on pense forcément au Good Vibrations des Beach Boys. Ruptures de rythme, harmonies vocales, tout y est. Mais il y a plus, des flopées d’instruments brodant de délicats entrelacs autour de riffs de guitare qui dans un autre contexte frôleraient sans doute le mauvais goût. For agent 13, à la fois planant et bruyant, voit Jace Lasek pousser sa voix jusqu’à des aigus qui vous obligent quasiment à regarder sa photo en fronçant les sourcils : comment une chose si délicate peut-elle sortir de ce gars mal dégrossi et dont l’allure générale n’évoque pas un souci particulier pour des notions esthétiques ? Et quand cette voix se mêle à celle, plus grave, d’Olga Goreas, notamment sur un And you lied to me d’une autre époque (vers les années 60, 70), l’émotion atteint un tel degré qu’on en vient à trouver superbe cette guitare qui ne détonerait pourtant pas dans une ballade de hard rock. Plus pompier, Devistation démarre, orgues, bruissement de cordes, vire dans les chœurs païens, et une guitare bourrin l’emporte vers un Coney Island aussi maîtrisé qu’apparemment anarchique. Because tonight est un superbe crescendo, Ride the rails déploie en 4’56 des mondes musicaux comme peu d’albums le font. En seulement huit titres, The Besnard Lakes affirme une identité très forte. Et qui saura, c’est sûr, se faire remarquer. Et durer, tant qu’elle veut.
Ce disque n'est pas facile d'accès. La première écoute désoriente. Mais, dès lors que vous prenez la peine d'insister, vous découvrez un album envoutant, aux mélodies qui accrochent. Jamais trop planant, jamais trop rock, même si certains titres sont un peu monotones (Cf: "On Bedford(..) lire la suite