|
Musiqualite.net est actuellement en pause en
attendant la nouvelle
version
| Reportage - |
The Besnard Lakes au Grand Mix |
The Besnard Lakes au Grand Mix "Chevaux sauvages"
Ça commence par un mur du son – trois guitares, basse, batterie, claviers – et ça se termine par une reprise de Fleetwood Mac, You make loving fun, où il s’avère que le batteur des Besnard Lakes chante exactement comme Christine Mc Vie.
Quand commence le set de Steeple Remove, en première partie du concert de Besnard Lakes , à Tourcoing le 15 mai dernier, Jace Lasek quitte le stand merchandising du Grand Mix, qu’il tenait lui-même, pour se promener nonchalamment dans la salle. Il est exactement comme sur les photos, longs cheveux bouclés, grosses lunettes rondes, visage sans âge et jusqu’à la chemise de cow-boy noire. Les Rouennais de Steeple Remove assènent un rock incisif teinté d’électro, avec de longues plages de pur bruit hypnotique qui ne peuvent qu’évoquer Sonic Youth et qui relient des chansons aux structures complexes : pas de temps mort. Le public est conquis, ravi par la rythmique discoïde de ce qui dès la première écoute ressemble bien à un hit en puissance. Puis arrive l’heure des Québécois.
Ça commence par un mur du son que les six musiciens érigent solennellement, puissamment, et dont s’échappe subrepticement une mélodie délicate : très Besnard Lakes, tout ça, puissance et délicatesse entrelacées. Bien sûr, certaines chansons perdent en subtilité sur scène, celles notamment qui ont mobilisé jusqu’à quatorze musiciens en studio ; plus exactement, elles perdent en subtilités au pluriel, en violons, en ukulélé (notamment la sublime Disaster, avec ses harmonies vocales à la Beach Boys, ici intactes), mais jamais en intensité. Une chanson telle que For agent 13, en revanche, gagne sur scène une ampleur à peine soutenable. Les voix féminine et masculine, respectivement grave et aiguë, s’emmêlent en volutes célestes, puis le gros son explose et c’est alors un papillon aspiré dans l’œil du cyclone. Impossible en tout cas de ne pas frissonner tout au long de cette soirée au Grand Mix, première date européenne des Montréalais.
« Quelqu’un s’occupe du feu, ici ? » s’enquiert un guitariste dans une tentative pour traduire la requête de Jace Lasek, qui réclame de la fumée à foison pour Because tonight. « Apparemment, non », s’esclaffe-t-il, n’obtenant pas de réponse. Il se munit alors d’un archet, qui tire à sa guitare électrique ces fameux sons dont si souvent, à l’écoute du disque, je me demandais ce qui pouvait bien les produire. A la fin de la chanson, Jace Lasek doit changer une corde ; pendant les cinq minutes que dure l’opération, il pose sur une improvisation collective lancinante ce qui a tout l’air d’une ode aux cordes de guitare, la bouche collée au micro, ses doigts tournant la clé. L’interlude s’avère d’une beauté à laquelle peu de groupes peuvent prétendre y compris dans leur set de routine.
Besnard Lakes fait dans la sensation forte, avec subtilité ; épure et puissance, tintements délicats et rythmique martiale, le groupe envahit la Pologne avec des pâquerettes dans les cheveux. Olga Goreas frotte sa basse aux amplis, Jace Lasek frappe les cordes de sa guitare avec une bouteille d’eau, le public, subjugué, se balance, les yeux écarquillés. Et en redemande.
Lire la chronique de Are the dark horses ici

Fanny Chiarello
En savoir plus :
Site officiel
|
|
|