CD/Disque
The Bird And The Bee "The bird and the bee"
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    Il y a des disques qui vous donnent des vertiges existentiels, la nostalgie de choses que vous n’avez jamais vécues, une perception décalée du monde, un kilo de béton dans le ventre, des idées noires, de grands frissons mystiques, esthétiques, une foi renouvelée en la race humaine. Des grands trucs. Et puis il y a des disques, comme ce premier album de The Bird And The Bee, qui se contentent de vous pétiller dans les oreilles. Ça fait du bien, parfois.
Il y a des gens comme ça, vous les écoutez raconter leur histoire et vous croyez au destin. Obligé. Prenez par exemple Inara George et Greg Kurstin ; ils se trouvaient incidemment dans un studio d’enregistrement, voyez-vous, et là, pour passer le temps sans doute, ils ont enregistré une chanson (hop), puis une autre et encore une autre, sans se rendre compte qu’ils étaient en train de devenir un groupe ; ils ont pourtant fini par graver quelque chose qui ressemble beaucoup à un disque et il se trouve que des amis à eux se le sont passé comme ça de main en main, ce disque, jusqu’à ce qu’il atterrisse à Blue Note. Ça sonne mieux, cette histoire, que la tournée des bars dans la Creuse avec les guitares dans le coffre de la 405 parentale, et c’est l’histoire que racontent volontiers The Bird And The Bee.
Si l’on se penche un peu plus près sur leurs parcours respectifs, on s’aperçoit qu’Inara George et Greg Kurstin ne sont pas devenus oiseau et abeille ex nihilo. La première a grandi dans le milieu musical angelino, d’abord par le biais de son père, qui officiait dans le groupe Little Feat, avant de jouer elle-même dans plusieurs formations, pour finalement enregistrer un disque solo produit par Mike Andrews, issu des Greyboy Allstars, groupe culte de l’ère acid jazz. Quant à Greg Kurstin, qui étudia le jazz auprès de Jaki Byard (pianiste de Charles Mingus, eh), on croise dans son CV les noms de Beck , Peaches , Lily Allen ou encore The Flaming Lips . Regardez déjà tous les liens que ça fait sur cette page. C’est dans le home studio de Kurstin que sont nées les dix chansons de ce premier album éponyme non prémédité. Ok les gars, vous mettez l’ampli dans la 405, je demande à papa s’il reste assez d’essence pour rouler jusqu’au Django – vous croyez que le patron offre les bières ?
Nos Californiens signent sur le célèbre label de jazz un disque de pop sucrée frôlant parfois l’easy listening. On pense souvent à Mancini, Bacharach, même si le groupe cite plus volontiers le tropicalisme brésilien et les standards du jazz. Pourtant, même visuellement, le duo puise allègrement son indéniable élégance dans l’imagerie des années 60. Moins classe quand même – et moins inspirés – que les Japonais toqués de Pizzicato Five, The Bird And The Bee viennent raviver un genre en sommeil depuis quelques années, et qui a du moins le mérite de mettre un peu de légèreté et de lumière dans les discothèques. Sans inventer de formule révolutionnaire, ils nous offrent un album efficace et dont les charmes subtils se révèlent au fil des écoutes, quand la première pourrait laisser supposer que ses effets lasseraient vite. Ce qui à l’origine ne devait être qu’un divertissement pour les deux amis en devient un pour nous.
Au programme, de l’humour (F*cking boyfriend), de bien nommés La La La (piste 5), de la peine de cœur sautillante (I’m a broken heart), des vitamines pour le samedi soir (I hate camera), mais aussi des tonalités plus graves (My fair lady, Preparedness), voire mélancoliques (Spark), très bienvenues, où l’on découvre que la voix d’Inara George n’est pas juste taillée pour l’exotisme lounge ou la chansonnette rétro qui fit la célébrité des Cardigans, mais peut passer de graves en aigus avec bonheur, flirter avec des accents qui ne sont pas sans évoquer Björk – bien qu’il soit difficile de trouver une plus grande intersection entre ces deux univers, à quelques composants électroniques près. Bref, aucune raison pour priver son été 2007 de cette bulle irisée.
Fanny Chiarello
Blue Note, sortie le 2 juillet 2007
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