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The Cure "Racines du mal"
Presque vingt-cinq ans après sa sortie, la trilogie majeure de The Cure, Seventeen Seconds, Faith et Pornography , bénéficie d'une nouvelle sortie en tir groupé . Mr. Smith revisite l'histoire et y ajoute les quelques raretés de rigueur.
En 79, « Three Imaginary Boys », leur premier album, n'inaugurait rien de tel. Deux singles, l'intrigant « Killing An Arab » (inspiré de l'Etranger de Camus), et l'entêtant « 10:15 Saturday Night » les voyait naître sur la vague post-punk, avec un rock plutôt dépouillé et direct. Des premiers pas légers, peu annonciateurs de la tragédie à suivre. Car les trois albums suivant incarnent les bases de l'identité et du mythe The Cure. Une longue descente dramatique, une plongée dévastatrice qui poussera tant la musique que les membres du groupe dans leurs retranchements, jusqu'à une implosion qui a bien failli rester définitive.
« Seventeen Seconds », 1980
The Cure passe le cap des débuts. Et se construit. Si les morceaux du premier album constituaient plus une collection de chansons qu'un véritable ensemble, « Seventeen Seconds » se pose comme une entité distincte. Une partition à dix mouvements enchaînés, d'où émerge une mélancolie évidente. L'époque sautillante est révolue, même si le génial « A Forest » et sa rythmique disco-pop fait le lien. La musique du groupe vogue désormais vers une atmosphère embrumée, floue et déconcertante. C'est froid, hypnotique, brillant.
« Faith », 1981
Aux débuts des sessions d'enregistrement, Smith comptait renouer avec une musique plus joyeuse. Un désastre total. Après la mélancolie, la musique glisse vers la tristesse. Pour un résultat exceptionnel. Le jeu de basse de Simon Gallup forge ici ses origines et guide le disque. Ronde et pesante, la basse mène la danse quasi funèbre de l'album et son atmosphère cotonneuse. « Faith », comme le somptueux titre éponyme d'ailleurs, est d'une densité et d'une beauté incroyables. Le mythe est né.
« Pornography », 1982
LE chef d'oeuvre. Un disque monolithique, rouge sombre et flamboyant. A force de glisser, The Cure implose graduellement. Reclus dans un studio, totalement coupés de l'extérieur, Smith, Gallup et Tolhurst se noient dans leur déchéance. Entre alcool et drogues dures, le groupe se précipite dans un descente vertigineuse. En résulte un album d'une violence intérieure inouïe. Rythmes tribaux, murs de synthés et de guitares, textes totalement hallucinés, désespérés et grandioses, « Pornography » demeure un disque d'une intensité inégalée. Un album qui engendre une réaction systématique de fascination ou de rejet. Les critiques de l'époque se déchaîneront d'ailleurs. Et la tournée suivant la sortie restera inachevée, scellée par une rixe définitive et interne au groupe. Laquelle mènera à la fin provisoire de Cure.
Les Bonus
Si Chris Parry, le producteur de l'époque, n'avait pas eu la bonne idée de ranger les bandes analogiques des sessions studios de « Seventeen Seconds » contre une machine à laver, les fans auraient probablement pu découvrir des merveilles sur le deuxième disque de cette version « Deluxe ». A la place, on retrouve les deux singles de Cult Hero, projet éphémère et parallèle avec le postier de Crawley, ville natale du groupe, ainsi que des interprétations live inédites. « Faith » est, lui, agrémenté du génial « Carnage Visors », instrumental de 27 minutes qui accompagnait un film expérimental en ouverture des concerts de Cure en 1981. Les bonus de « Faith » et « Pornography », outre démos et versions live, contiennent quelques perles comme « Forever ». Jamais enregistré sur album, ce morceau mythique joué uniquement et rarement en concert a sans cesse offert des visages et des contours différents. Unique et précieux.
Si ces ré-éditions contenteront sont sans doute plus les fans, elles ont le mérite de remettre en perspective la carrière de The Cure. Et de revenir aux fondations. A la suite de cette trilogie désespérée, Robert Smith a bataillé pour faire renaître le groupe de ses cendres, en brisant l'image et en explorant d'autres univers musicaux. Avec la réussite que l'on connaît. Mais les racines se comprennent ici. Et vingt-cinq ans après ces trois disques demeurent toujours aussi magistraux.

Julien Cottineau
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