CD/Disque
The Game "Doctor's Advocate"
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   L'ex-protégé de Dr Dre réussit son coup avec un deuxième album aux allures de thérapie.
Une première bonne nouvelle. Comme le rap marseillais avant Keny Arkana, on pensait que la West Coast n'était plus qu'un lointain souvenir de fan nostalgique. On en venait presque à regretter sons gras et paroles rétrogrades symboles d'une période plus faste. A ce titre, le chef d'oeuvre ultime de Dre, Chronic 2001, sonnait comme la fin d'une époque. Seul Kurupt avait su un temps conserver cet esprit, avec deux premiers albums à la fois de qualité et assumant pleinement le côté macho, violent et partouzeur popularisé par Death Row. Ensuite, des groupes comme Blackalicious, Dilated Peoples ou Jurassic Five ont emergé, donnant une toute autre image de la Californie. Mais ces dernières semaines, les très bons albums de Snoop Dogg et The Game ont remis au goût du jour la tendance gangsta en question. Le parcours de The Game est étonnant, et très révélateur d'une époque dématerialisée et branchée à fond marketing. Fin 2004, après avoir rendu célèbres Eminem et 50 cent, avec une petite touche "construction d'un personnage médiatique" surtout perceptible pour ce dernier, Dr Dre reflechissait à un autre concept, le "nouveau 2pac". Il jeta alors son dévolu sur The Game, rappeur de Compton au flow rugueux et au passé heurté, en tressant pendant des moins un buzz incroyable autour de sa nouvelle perle. Début 2005, The documentary était dans les bacs, un album fait à toute allure, avec des sons confiés aux meilleurs producteurs et des featurings de folie. Un disque de qualité, mais un peu vite oublié faute d'âme, de tripes, de passion, comme le Massacre de 50 cent, à cette époque ou la G-Unit écrasait le marché mondial du hip-hop. Depuis, The Game s'est brouillé avec Dre et 50 cent, et malgré leur absence il livre aujourd'hui ce deuxième album plus interessant que le premier. Techniquement, d'une part, son flow a progressé, et sans être du James Joyce ses textes ont gagné en "contenu". Mais la partie la plus intéressante concerne l'état d'esprit du rappeur, qui fait son disque un peu comme d'autres s'allongeraient sur le divan d'un psy. Dans ses textes, il oscille toujours entre le ressentiment et la gratitude envers son ex-mentor et producteur (d'où le titre de l'album). Au point même parfois de ressembler vocalement à Dre (c'est sidérant sur Too much). Pour le reste, toujours les bonne vieilles recettes commerciales, une auto-persuasion continuelle d'être meilleur que tout le monde, et des productions "club" signées notamment Swiss Beats, Scott Storch ou Will I.Am. Vous bougerez certainement votre popotin sur Strip Club ou Scream on'em. Les contributions de Junior reid (One blood), Busta Rhymes (Doctor's advocate) et Kanye West (Wouldn't get far) sont très pro. Et The Game, lui, aura réussi le pari risqué de faire un meilleur album SANS Dr Dre. Ce qui est déjà beaucoup.
Matteu Maestracci
Interscope/Geffen (novembre 2006)
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