CD/Disque
The Good, The Bad & The Queen "The good the bad & the queen"
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   A mille lieues de Blur ou de Gorillaz, Damon Albarn se fait à nouveau remarqué en signant un disque hors du temps. Entre pop psychédélique, rythmiques dub, touches électro et un feeling rock, The Good, The Bad & The Queen, constitué d'un casting prestigieux, produit ici un premier album assez remarquable.
Il s'est échappé de Blur, rutilante machine britpop. Avant de frayer sous le déguisement cartoonesque de Gorillaz, autre machine à hits extrêmement efficace, toujours aussi bien huilée et bien plus attrayante. Et le revoilà désormais à la barre d'un ovni musical loin de toutes les autres tendances actuelles. Damon Albarn est un véritable caméléon. Un caméléon inspiré et talentueux qui n'hésite pas à prendre des risques là où beaucoup de rockers établis ne cessent de revisiter leur répertoire, voire ne sortent plus que des best of.
Avec The Good, The Bad & The Queen, Albarn a en tout cas réussi un nouveau coup d'éclat. Sauf qu'ici, l'éclat caresse plus qu'il n'explose. Ce disque est d'ailleurs tout sauf explosif. On est bien proche de la ballade intime en douze tableaux surprenants et lancinants. La ballade se voudrait nous faire déambuler dans le quartier londonien de Portobello, là où ce faux dandy Albarn a ses habitudes. Comme Paul Simonon, l'ancien bassiste des mythiques The Clash, lui aussi lancé dans l'aventure. Ce dernier parle d'ailleurs de Portobello comme "un lieu de ralliement pour toute la communauté, les riches, les pauvres, issus de toutes les cultures". Et c'est vrai que le melting pot musical est le premier élément à jaillir dès la première écoute. Rien que le casting détonne de ce point de vue. Aux côtés d'Albarn et Simonon, on trouve ainsi Simon Tong, ex guitariste des très pop The Verve, et, plus surprenant, le batteur Tony Allen, connu entre autres pour ses collaborations avec le maître de l'afro-beat Fela Kuti . Du coup, la ballade a beau être tranquille, elle n'en est pas moins d'un subtil et riche métissage. D'effleurements pop en rythmiques dub, de pointes électro à des effluves no wave, de souffles folk à des touches psychédéliques qui frisent parfois le kitsch absolu sans jamais tomber dans le mauvais goût, The Good, The Bad & The Queen nous emmène sur des terrains musicaux sinueux, oubliés, écrasés par l'air du temps. On s'égare parfois. On retrouve son chemin souvent. Les impressions d'étrangeté et de familiarité louvoient entre chaque note. Le disque ne peut clairement pas laisser indifférent, sauf que pour l'accessibilité, il faut passer son chemin. A l'époque de la musique fast-food vite digérée, cet album est loin de partager le même tempo et demande au contraire une digestion lente et attentive. Mais on ne peut que se réjouir de voir des musiciens de cette trempe se laisser aller comme bon leur semble, loin des formats établis, sans se poser de question, et sans même se soucier de l'intérêt de l'auditeur. Et si c'était ça, la sincérité musicale?
Julien Cottineau
Parlophone/Capitol, sortie le 22 janvier 2007
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