L’équipe multicolore récidive avec son imparable formule et une audace démultipliée. Pliez les chaises pour accueillir cette indispensable nouvelle bombe.
The Go! Team est l’un des groupes les mieux nommés que je connaisse ; avec ce point d’exclamation au milieu, c’est exactement ça. Un point d’exclamation semblable au rythme effréné que le groupe tient d’un bout à l’autre de ses deux albums. On trouve sur le deuxième, l’également bien nommé Proof of youth, les mêmes références que sur le précédent, et ce sont les mêmes images qui viennent à l’esprit au fil des chansons – il y a une fanfare, des cheerleaders, des série B, de la Blaxploitation à Bollywood en passant par les films de kung-fu. Ennio Morricone et Lalo Schifrin ont bu des Bud dans le coin. The Go ! Team serait un peu le Tarantino de la musique pop. Ici le mot « pop » évoque surtout le Pop Art, comme en témoigne aussi l’univers visuel du groupe, autrefois gracieux gribouillis sur aplats de couleurs vives et cette fois collages à base d’imagerie populaire. Bien que le groupe soit originaire de Brighton, on se sent dans un Brooklyn de légende, parfois sur le siège passager d’une Dodge rebondissant dans les rues de San Francisco. Dans les années 70, la plupart du temps. Le son vintage, les b-girls… aux guitares nerveuses près, on se situe là où par la magie du sample le funk céda la place au hip hop. Ce n’est pas par hasard que l’on trouve, au milieu des sirènes de police, Chuck D, icône new-yorkaise du rap politisé et MC de Public Enemy , sur l’excellent titre Flashlight fight. Chuck D qui n’en est pas à sa première collaboration extra-hip hop : on l’entendait notamment dans Kool thing de Sonic Youth dès 1990. Pour boucler la boucle, The Go! Team reprend sur le maxi de Grip like a vice l’un des titres les plus accessibles desdits Sonic Youth, Bull in the heather. On percevait dès le premier album l’attirance de Ian Parton (tête pensante de Go ! Team) pour le rock noisy, avec notamment la chanson Junior kickstrat, d’ailleurs il n’a jamais caché son admiration pour My Bloody Valentine et quelques autres groupes phare de la guitare qui fait mal. Ce qui se traduit sur disque par l’impression réjouissante qu’une équipe de cheerleaders s’est reconvertie en groupe de Riot Grrrls. L’éclectisme du discret manitou, caché derrière ses riot b-grrrls très United Colors, n’aboutit pas tant au genre de collages que propose la pochette de Proof of youth qu’à un ensemble assez cohérent et homogène pour que l’on puisse parler d’un son Go! Team, un son survitaminé, fait d’énergie et de profusion.