CD/Disque
The Klaxons "Myths of the near future"
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   A Londres, on parle de « new rave » ou de « rock fluo » ; aussi ridicule que puissent sonner ces termes, typiques d’une presse hyper-spécialisée traditionnellement intarissable en néologismes, ils sont plutôt bien adaptés à ce tout jeune groupe, comme on s’en rend vite compte une fois que l’on a sué intérieurement sur ses titres les plus accrocheurs…
Parfois j’entends une chanson et je me dis « ah, te voilà, toi » ; c’est comme si toute ma vie j’avais pressenti qu’un jour cette chanson existerait, sans l’attendre ni supposer quel énergumène allait finalement la créer – et soudain, la voilà qui se présente à mes oreilles. Je la reconnais alors comme on reconnaît quelqu’un qu’on vient tout juste de rencontrer mais qu’il nous semble avoir toujours connu. Certains petits cyniques s’esclafferont, parce qu’eux savent démonter une chanson comme d’autres réparer la résistance d’une bouilloire électrique, et déterminer comment trois types s’y sont pris, très techniquement, pour créer cet effet – ou n’importe quel effet : « c’est lacrymal », vous expliquent-ils (ils ne disent pas triste, du coup, ni mélancolique, mais lacrymal) « parce que tel machin intervient là de telle manière », mode mineur, tempo rapide ou que sais-je ; « C’est adhésif parce que (A+B) x ?C ; « C’est efficace parce », bon taisez-vous, on essaie d’écouter de la musique, ici. Mais moi qui cède mes bouilloires électriques capricieuses aux encombrants, je dis « ah, te voilà, toi » à la chanson des trois petits gars.
Sans cette chanson, intitulée Golden Skans, sans doute n’aurais-je pas prêté grande attention au premier album des anglais The Klaxons. Et comme c’eût été dommage puisque, comme le nom peut sembler l’indiquer, le groupe donne volontiers dans le pompier et que le pompier a toutes ses chances de faire mouche sur une sensibilité qui ne demande qu’à se tordre, s’effondrer, se contorsionner et sauter du haut des immeubles en hurlant. Donc voilà Golden Skans, exactement le genre de chanson qui me donne l’impression que c’est un vent cosmique qui me caresse les cheveux. A bien y regarder, elle charme par l’évidence de sa mélodie, l’harmonie des voix et le son très années 80 – certes, les années 80 n’auront pas été la plus grande cuvée du vingtième siècle en matière culturelle et, particulièrement, musicale, mais considérez ce qu’il en reste, ce qui a échappé à la péremption, et la chanson des Klaxons s’inscrit rétrospectivement dans cette histoire-là.
Je ne rejoins pas les Klaxons quand ils affirment, avec l’arrogance propre aux jeunes anglais qui vendent beaucoup de disques, que leur musique ne ressemble à rien de connu. Mais le mélange des influences opéré dans ce premier opus n’est pas dénué d’originalité ; d’efficacité, encore moins. Les ingrédients préférés du groupe sont un rock hargneux, limite punk, une électro bruyante héritée des raves, une rythmique dance. Les hits, Magick (hommage à l’excentrique Alistair Crowley) et surtout Atlantis to Interzone (aussi jubilatoire que régressif), sont de la pure dynamite. Gravity’s Rainbow porte beaucoup de réminiscences des Talking Heads : un son froid, une rythmique implacable, une mélodie répétitive, des paroles piquantes, un clip bricolé à la mode underground dans lequel les trois garçons ont l’air de tout ce qu’on veut, serrés dans des fringues ringardes à la limite du mauvais goût. On sent bien que les petits gars ont des bases plus solides que ne peuvent le laisser supposer leurs petites têtes gentiment mal peignées (qui, n’en doutons pas, feront fondre les midinettes).
On trouve parmi leurs influences, quelque part entre ELO, Can ou KLF, des gens très bien qui ont peu à voir avec le happy hardcore, le punk ou l’indie des années 80, parmi lesquels Richard Brautigan, Thomas Pynchon, J.G. Ballard et Alfred Jarry. C’est décidément bien sympathique, les enfants. Continuez.
Ecouter ici.
Fanny Chiarello
Because, sortie le 29 janvier 2007
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