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Concert - 

The Roots au Bataclan

The Roots au Bataclan "Au sommet?"


Série de concerts-marathon dans la froide nuit parisienne, et autant de claques de la part d'un groupe au sommet de son art, parfois presque trop.

par Matteu Maestracci | le 05/12/2006

The Roots au Bataclan Allons bon, The Roots dans la capitale ? Mais oui Madame, il paraitrait qu'ils aiment tellement le public parisien qu'après avoir rajouté une soirée au Bataclan ils remettent ça demain soir à l'Elysée Montmartre. The Roots, les gars de Philadelphie qui pulsent depuis près de quinze ans ? Ceux-là même qui attirent un public "bigger than hip-hop" ? Un des chapitres de l'histoire de la musique noire aux Etats-Unis ? Plutot royal, pour prendre un terme à la mode. On ne s'en privera pas, et on s'engouffre d'ailleurs avec jubilation dans le Bataclan pour le dernier des trois concerts à y être donné.
The Roots donc. Après une première partie r'n'b français marshmallow woman absolument pas dans l'esprit de la soirée (et du public), on allait enfin voir ce qu'on allait voir, et retrouver les gars de Philadelphie de retour à "Pââris" après leur passage grandiloquent au Zénith, en decembre 2004 et quelques semaines seulement après la sortie de leur nouvel album, The Game theory. Une petite demi-heure de patience qu'on attribuera à la petite touche diva americaine et aux calumets de la paix, et la lumière s'eteint. Et c'est dans la pénombre que Questlove, le batteur, et Black Thought le "lead singer" embrayent un morceau du dernier album tout en rectitude vocale et en roulements d'epaules virils. Et ça continue, dans le plus pur style Illadelph, sans temps mort entre les morceaux. Pour enfoncer une porte ouverte, le fait de s'appuyer sur un orchestre et non sur une bête combi MC-DJ rend le kif surpuissant. Mais on a encore rien vu. Les six Rootsmen semblent parfois un peu jouer sur la béquille, en posture de repeter leur gammes mais en se reservant pour plus tard (le lendemain ? le rappel ?) Dans la jungle des morceaux distillés, seul le tonique Don't feel right surnage du dernier album, très sombre et experimental donc peu transposable dans une "petite" salle de spectateurs festifs. Ces derniers ont d'ailleurs la bouche bée lorsque se succèdent deux morceaux légendaires de la Légendary Foundation, Proceed et surtout le moelleux Step into tha Realm.

The Roots au Bataclan Le groupe tisse son petit bonhomme de concert, très propre, donnant l'impression paradoxale malgré cette reserve d'être au sommet de leur art. Grand rappeur, Black Thought n'a peut-être jamais autant allié timbre grave et flow des plus clairs. Et surtout, The Roots, c'est avant tout ?love. Génie de l'ombre, le batteur et compositeur n'hesite pas à donner de la voix sur les coeurs, roulant des yeux et dirigeant ses partenaires tout en envoyant le feu de ses avant-bras. Ce type peut sans souci prétendre au panthéon de la musique américaine, sorte d'immense sage assis sur des années de culture musicale, du blues à Radiohead en passant par Kool and the Gang. Lui-même, beau gosse charismatique et massif, ressemble un peu à un Marvin Gaye qui aurait survécu, traits fins et engagement politique en bandouillère sour une eternelle coupe afro du plus bel effet, où le peigne en forme de poing qui dépasse n'est jamais oublié.
Revenons au spectacle, où les Roots écrasent un You Got Me poussif, après lequel on se dit qu'ils ont peut-être étalé leur copieuse discographie sur les quatre soirs et qu'on est mal tombé. Ou tout simplement que sans Erykah Badu ça le fait moins. Le public semble un peu desarçonné, et le groupe s'en rend compte en multipliant les grimaces. Il repart en coulisses, et après la pause tout va changer. Les six survoltés enquillent The next Movement, et surtout un Star impressionnant de maîtrise. Puis vient le grand moment des Roots en concert, les reprises. Trente secondes chacune pour des grands souvenirs du hip-hop et de la musique en général, avec en vrac Shimmy Shimmy Ya, M.E.T.H.O.D. MAN, Seven nation army, Shake rattle n'roll, One More Chance, Gold Digger, Back Like That...Un exercice où le clavier s'en donne à coeur joie, mais qui loin d'une grande salle comme le Zénith semble un peu trop long, presque forcé, et on echangerait bien certaines minutes de ce passage contre un ou deux morceaux supplémentaires de l'album-chef d'oeuvre Things Fall Apart. Et avant de saluer, les Roots partent dans des impros où transpire leur tendance depuis Phrenology, du son lourd, crasseux et presque bruyant. Il y a des défauts, des interrogations mais le spectacle est grand. La preuve, si on pouvait, on paierait pour y retourner le lendemain. Parce qu'ils sont trop forts, et pas eternels.

Matteu Maestracci
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En savoir plus :
Lire la chronique de l'album The game theory

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