Six ans après l’emblématique Oh, Inverted World et quatre années après le tout aussi respecté Chutes too Narrow, le quartet d’Albuquerque aux mélodies scintillantes et délicieusement pop revient avec un troisième chapitre de leur histoire. Un nouvel élan de créativité des plus soigné.
Comme toute histoire de groupe au talent incontournable, il aura fallu attendre la sortie d’un film à succès pour réellement finir par entendre parler d’eux. Chose faite puisqu’il n’aura fallu qu’une semaine cette fois, à ce Wincing the night away pour passer la barre des 100 000 albums vendus!
On retrouve ainsi à maintes reprises des similitudes avec les deux précédents albums. Des similitudes teintées de touches parfois plus électro ou à l’envergure plus éclatées, guidant des sonorités engourdissantes (Sleeping lessons, Pam berry). Les sentiments de joie et de nostalgie n’y sont pas moins présents. Australia pour le premier et Phantom Limb pour le deuxième, annoncé par nos soins comme le titre phare de cette nouvelle mouture. Presque assez mature pour venir rivaliser avec un New Slang, un The past and pending ou encore un Pink Bullets. Les guitares relâchées, au grain rétro, y donnent une touche et un cachet authentique. Ajouté à cela une voix au timbre si personnel, proposée par un James Mercer inventif et créatif.
Une sensibilité à l’image de ce qu’était Girl inform me sur Oh, Inverted World se perd un peu au profit de vagues sonore plus diffuses et enivrantes (Black wave). Jouant probablement moins sur l’affect qu’auparavant, ces nouvelles compositions n’en restent pas moins grisantes. Qu’il s’agisse de Turn on me, Red Rabbits ou de Spilt needle qui nous rappellent parfaitement ici quel est l’univers des Shins, présents et affirmés depuis maintenant 10 ans. Se sentir toujours vivant au travers d’une musique éclairée d’un parcours personnel pourrait être la théorie constructive de cette brillante formation. Evidement emprunté à l’ère « beatles », leur talent se retrouve essentiellement dans la composition d’une musique très pop, pleine de vie, de couleurs chaudes et tristes à la fois. Les cliquetis de clochettes retentissent discrètement, les arrangements de violons restent pertinents et les chœurs de femmes ou d’enfants apportent un côté évangélique.
Marchant souvent entre nostalgie et bonheur sur l’ensemble de leur discographie, se montrant tout aussi capable de déclencher de terribles phases d’indie rock accrocheuses et dansantes, les Shins développent un troisième album digne des deux précédents. Chutes too narrow se voulait dans une veine identique, mais plus inspiré par une pop aux reflets éclatants, tandis que Oh, inverted world apportait une touche folk à la sensibilité mélodique unique et implacable. Wincig the night away prolonge la ligne de trace originelle et développe à la fois ses propres courbes musicales.