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CD/Disque
Timbaland "Shock Value"
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Considéré comme l'un des points cardinaux du rap US, le producteur signe un solo qui aurait pu être parfait s'il ne s'égarait parfois sur des sentiers variet' un peu douteux.

par Matteu Maestracci | le 01/04/2007 | genre: hip-hop

Timbaland - Shock Value
Disons-le d'emblée, en commençant par la fin: cet album doit absolument être considéré comme le meilleur disque de hip-hop américain du premier semestre. Depuis le Jay Z en décembre, et malgré un milieu underground toujours foisonnant et intéressant, on attendait impatiemment une nouvelle claque. La voici, mais elle n'est pas totale. La faute à une poignée de titres, quatre maximum ce qui n'est pas non plus un scandale, qui jouent d'avantage dans une cour experimento-sentimentalo-mielleuse qui dénote de manière trop évidente avec le reste du disque. Même si on comprend Timbaland, qui en hommes d'affaires avisé a choisi d'adapter son album à un large public, le contraste est trop palpable.

Car il faut bien avouer que le reste du CD est une véritable tuerie, ce qui n'est pas spécialement étonnant. D'une part parce que Timbaland n'a plus besoin de prouver son talent et surtout son flair quant à l'évolution des tendances sonores, dont il est parfois lui-même le précurseur. D'autre part, "Timbo" a eu l'intelligence de prendre son temps pour concocter cet album, ce qui devrait être un exemple pour tous les jeunes loups du rap ou les producteurs flemmards. D'autant que la carte de visite de Mr. Timothy Mosley s'écrit désormais en lettres d'or. Il s'est fait connaitre en 1996, en cassant la baraque pour la première fois avec le hit Pony de Ginuwine. Ce n'était que le début d'une très belle histoire, durant laquelle Timbaland a fourni des centaines de production à Missy Elliot, Aaliyah, Jay-Z, Justin Timberlake , The Game, Nas parmi bien d'autres, coopérant également avec Björk ou Chris Martin de Coldplay.

Mais d'avantage que ses collaborations, l'histoire de la musique retiendra surtout la patte de Timbaland, ce style si particulier qui repose très peu sur du sampling. Entre synthés futuristes syncopés, basses tordues dans tous les sens, et percus tendance dance floor. Un son inimitable, indescritible, fracassant, faisant, de Timbo une sorte de Phil Spector moderne, pour ses choix d'orchestrations orgiaques et mégalos, qu'on croirait parties dans tous les sens alors qu'elles sont mûrement réfléchies. Comme pour l'instru du More than a woman d'Aaliyah, modèle de créativité baroque. Enfin, et pour terminer sur la bio du bonhomme, il ne faut pas oublier que les idées de Timbaland ont également apporté plusieurs nouveaux souffles au rap américain. Il a lancé la mode des samples orientaux (Get ur freak on), avant d'atteindre le sommet de son art en produisant des tracks mi-old school mi-modernes, branques et épurés, pour les deux albums les plus marquants de Missy Elliot, Under construction puis This is not a test.

Revenons à ce nouvel album, même s'il était important de resituer l'oeuvre et l'influence de l'artiste. Timbaland n'a pas hésité longtemps avant de choisir un créneau mainstream et très dansant. D'où les morceaux Give it to me avec Nelly Furtado et Justin Timberlake et Bounce avec re-Justin, Missy et Dr Dre (!).
Nelly Furtado se la joue délicieusement facétieuse sur le premier, tandis que c'est l'instru du deuxième morceau qui marque, plus que son casting. Un truc hyper sombre et synthétique, avec une basse très lourde et surtout une boucle oppressante qui secoue les amygdales. Le titre Release avec re-re Justin est un tube parfait, avec instru dansant et refrain en choeur. Parmi les autres réussites, on peut trouver l'énervé Come and get me avec un 50 cent qui n'a pas été aussi bon depuis bien longtemps. Ou encore Kill Yourself, quand Timbo parle un peu de sa vie privée, ce qui est plutôt rare. Bombay présente moins d'interêt, si ce n'est une nouvelle épreuve de force en termes de mélange des genres, et une énième recherche du son Bollywood le plus porteur possible. Comme une transition, le morceau avec Elton John, 2 man show n'est pas foncièrement raté mais on peine à en distinguer l'utilité. Même chose pour les fameux titres bouillasso-varietoches sus-cités, Scream, Apologize ou Fantasy. Des morceaux qui m'empêchent à grand regret de décerner les fameuses 5 étoiles de Musiqualité que le monde entier nous envie pourtant.

Matteu Maestracci
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Interscope (avril 2007)


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