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Toumani Diabate et le Symmetric Orchestra |
Toumani Diabate et le Symmetric Orchestra "Histoires de kora"
Toumani Diabate, à presque quarante ans, est l’un des meilleurs joueurs de kora au monde. Pas besoin d’attendre sa victoire aux Grammy Awards pour son album en duo avec Ali Farka Touré (paix à son âme) « In the Heart of the Moon », pour s’en convaincre. Toumani Diabaté est griot depuis la 71ème génération. Un arrière-petit fils de griot, petit-fils de griot, fils de griot, pour qui la kora est au centre de tout.
Le nom de l’album en lui-même est un symbole. C’est le nom du boulevard dont partent les routes pour tous les pays de la sous-région : Burkina Faso, Guinée Conakry, Sénégal, Niger, Ghana…qui étaient dès le XIIème siècle des provinces de l’empire mandingue. De ce grand empire, démocratique et centralisé par le pouvoir du roi, au Mali, que la colonisation a démantelé par la suite, il ne reste rien de cette unité politiquement parlant. Culturellement, par contre, l’empire mandingue existe bel et bien. Et c’est cette force intacte que Toumani Diabate a reconstitué par l’intermédiaire du Symmétric Orchestra, composé de musiciens de toute la sous-région ouest-africaine, triés sur le volet, lors des désormais célèbres jam sessions du club le Hogon, fondé par Toumani Diabate il y a une dizaine d’années. Et c’est là, en live, que le groupe a mis au point les morceaux de Boulevard de l’Independance, avant de les enregistrer à l’hôtel Mandé, transformé en studio d’enregistrement live, en une seule prise.
La kora comme cadeau
Tous les morceaux partent de compositions à la kora : elle est le socle de la musique mandingue, et de la famille Diabate, les griots –et donc la mémoire- de l’empire. « La kora était un cadeau des esprits de la montagne aux habitants de Guinée Bissau. La kora n’est pas un instrument comme ca. Si je vous raconte la légende de la naissance de la kora vous allez comprendre. Un général du roi de l’Empire mandingue est allé consulter ses clairvoyants qui lui ont dit d’aller dans cette province pour trouver une jeune fille Nyan-tcho, c’est une ethnie qui font tout dans la montagne, un peu comme les Dogons dans l’actuel Mali. On lui a conseillé de marier une jeune fille nyan-tcho pour que son héritage ne soit pas dispersé. Il est allé, il est resté trois mois à la quête de cette femme et finalement il en a trouvé une qui était assise devant une grotte dans la montagne. Il était toujours accompagné par son griot. Chaque famille dans notre société a son griot qui connaît l’histoire de cette famille-là. Chez les griots, les hommes jouent les instruments, ils ne chantent pas très souvent mails ils racontent les histoires, et les femmes chantent, applaudissent et dansent. Les griots accompagnent toujours leur maître. Quand le général a aperçu la bonne jeune fille sur la montagne, il lui a jeté un filet, elle a pris peur et est rentrée dans la grotte. Alors le général s’est mis à tirer le filet vers lui et c’est une kora qui est sortie du filet, pas la jeune fille, qui est sortie ensuite. Donc, la kora est un cadeau des esprits de la montagne. La toute première personne qui a joué de cette kora s’appelait Djélimady Oulé Diabaté, il était griot du général. Au début la kora se jouait à 22 cordes, mais après la mort de ce griot, on a diminué la kora d’une corde, ce qui fait que la kora est une harpe luth ouest africaine à 21 cordes, qui est faite d’une calebasse renfermée sur une peau de vache ». De cette légende naît du même coup l’histoire de la kora et celle de la famille Diabaté, qui n’a cessé la pratique de cet instrument depuis. Ainsi, chaque morceau de l’album a été composé par Toumani Diabaté seul, avant que les rythmiques, lignes de basse ou solos soient redistribués aux différents musiciens du Symmétric.
Un puissant socle traditionnel
Ainsi, l’album s’appuie sur un socle de musique mandingue traditionnelle et s’arc-boute sur cette tradition pour faire jaillir quelque chose de nouveau, de riche, de mutli-culturel. Les titres tissent des passerelles entres les anciennes provinces de l’empire mandingue, mais jettent aussi des coups d’œil vers la musique latine, dans la tradition des grands orchestres des années 60 ou 70, comme le Bembeya Jazz National de Guinée, que Toumani Diabate admire tant. Et vers le monde occidental : tous les arrangements de cuivres sur le dernier morceau de l’album ont été réalisés par l’ancien saxophoniste de James Brown. Mais, et c’est cela qui est notable, sans rien trahir ou formater. Simplement en valeur ajoutée.
Toumani, grand gardien de la musique mandingue, en défend le berceau, et dans le même temps, l’ouverture. « A ce jour, au Mali, nous avons su vraiment garder ce que nous avons comme culture, on a pas reçu d’influences de qui que ce soit et en même temps les griots qui voyagent beaucoup, ont toujours su s’adapter. Même le rap qui se fait aujourd’hui au Mali, et qui est à la mode, se fait à la façon malienne. On savait déjà qu’en tant que griot, nous avions vraiment eu cette façon de parler comme les rappeurs le font aujourd’hui sur le beat. Pour faire les louanges à son patron, à son djatigui, à son noble, le griot se met tchatcher comme le rappeur sur la musique. C’est venu de chez moi, du Mali. Je suis unanime là-dessus. Au Mali, nous n’avons pas besoin de l’influence de qui que ce soit. C’est l’un des pays les plus pauvres au monde financièrement, mais l’un des plus riches du monde culturellement . Notre culture est très diversifiée, elle est puissante. Au Mali, la musique sort et revient toujours à la source ».

Eglantine Chabasseur
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