CD/Disque
Wynton Marsalis "From the plantation to the penitentiary"
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    Ce nouvel album de Wynton Marsalis va surprendre nombre de ses détracteurs. Aux habituelles accusations de conservatisme il oppose une critique construite du système américain actuel, soutenue par une rythmique jazzy impeccable et un swing aiguisé aux couleurs ellingtonniennes et mingusiennes.
Cet album est l’œuvre d’un homme en colère, révolté par l’indifférence des autorités face au drame Katrina qui secoua la Nouvelle-Orléans mais également par la nonchalance et l’hypocrisie du gouvernement face à un système fissuré qui sombre chaque jour davantage. Le titre From the plantation to the penitentiary symbolise assez bien le fil conducteur de cet album et prolonge sa description de la condition noire aux Etats-Unis.
Le trompettiste, ambassadeur culturel et responsable des programmes de jazz au Lincoln Center n’en est pas à son coup d’essai, et l’on connaît assez bien maintenant ses coups de boutoir pour un retour aux vraies valeurs du jazz, mais ces sept nouvelles pièces constituent son plaidoyer politique le plus cinglant. Where y'all at? en est sans doute la meilleure preuve. En plus des brillants piliers de son quintet habituel (Dan Nimmer au piano, Carlos Henriquez à la contrebasse, Ali Jackson Jr. à la batterie) Wynton Marsalis a ici recruté d’étonnants jeunes musiciens ; la chanteuse Jennifer Sanon en tête mais également le saxophoniste Walter Blanding. La récente gagnante du concours « Essentially Ellington » affiche une incroyable maturité musicale et certains de ses accents nous rappellent Nina Simone.
Ce qui reste le meilleur moment de l’album (et le plus surprenant) est la performance de Marsalis qui troque sa trompette sur Where y'all at? et se transforme en slameur aux accents gospels pour livrer sa vision des Etats-Unis. Quel flow! Et tandis que la tendance actuelle des musiques black semble être d'insérer des messages à teneur spirituelle, philosophique ou à caractère socio-politique (en convoquant maladroitement Martin Luther King ou Nelson Mandela par exemple), dans From the plantation to the penitentiary, c'est Marsalis lui-même qui prend le micro et nous invite à la réflexion.
Cette joute vocale est également l’occasion d’épingler les figures emblématiques du hip-hop qui ont banalisé un discours quasi haineux et superficiel. Ces derniers, qui ont cédé aux sirènes du matérialisme, ont abandonné ainsi l’essence même de leur musique.
«We running all over the world with a blunderbuss/And the Constitution all but forgot in the fuss», librement traduit: «Nous parcourons le monde entier avec nos armes/pendant qu’à la maison nous avons oublié notre Constitution», sans commentaire … On préférera sans doute « Espérons tous ensemble que nous retrouverons un jour cette lueur d'espoir qui mènera tous les peuples de la terre vers les chemins de la liberté et de la paix ».
Le trompettiste et compositeur New-Orleanais est ici au sommet de son art, mais également au sommet de son indignation. Un album brûlant que l'on écoutera avec respect et admiration. Il faudra néanmoins prendre le temps de l’écoute afin d’apprécier la densité de son contenu.
Mathieu Ramspacher
Blue Note – Mars 2007
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