Pierre Lapointe
"Mon métier est de transporter le public"
De quelle planète vient-il ? Sa musique nous plonge dans une bande son des années 1970 ou dans un rêve façon Tim Burton. Ce Québécois a tellement de facettes qu’il est impossible de le cerner. Le public lui voue déjà un véritable culte, mais n’entre pas qui veut dans son univers pop et dadaïste. Son écriture, très haut de gamme, mérite pourtant toute l’attention. Rencontre à l’occasion de ses concerts parisiens de novembre 2007.
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Pierre Lapointe
: « Mon métier est de transporter le public là où il ne pensait pas aller. »
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Deux albums, des prix de la chanson et plusieurs dizaines de concerts en Europe et au Québec : quel bilan dressez-vous de ce riche parcours ?
Plus que positif ! Plus jeune, je ne pensais pas devenir musicien. Tout est arrivé très rapidement. Je voulais créer, mais je n'avais jamais chanté. Du coup, j'ai toujours fait ce métier sans attente particulière. Je crois que j'arrive avec des suggestions nouvelles et rafraîchissantes, en me fiant à mon instinct. Alors découvrir que je touche autant de gens, c'est exceptionnel et c'est une grande fierté !
Vous avez mis moins de deux ans pour vous imposer au Québec, seulement quelques semaines en France. Comment analysez-vous ce succès immédiat ?
Je ne suis pas la meilleure personne pour répondre ! Je travaille énormément pour créer des univers particuliers et très personnels. Je fais ce métier avec beaucoup de franchise et je mets toujours la barre un peu plus haute par respect pour le public. Je crois que les gens le sentent.
L'image que vous véhiculez en concert est plutôt éloignée de vos textes. Parlez-nous de ce personnage imbu de lui-même que vous interprétez sur scène : vous ressemble-t-il ?
C'est uniquement pour faire rire les gens, pour alléger le ton du spectacle. Je suis quelqu'un de mélancolique et souvent mes chansons peuvent, à la longue, paraître lourdes. Je fais des chansons très courtes pour ne pas me retrouver devant un auditoire qui sombre dans la dépression après vingt minutes et je fais rire le public entre les chansons. Il faut préciser que je ne parle jamais beaucoup, mais je le fais à des moments stratégiques. Et puis avec le rire, les gens s'ouvrent facilement. C’est alors plus simple de les toucher et de les mettre à l'envers avec un texte émotivement chargé. Mon métier est de transporter le public là où il ne pensait pas aller.
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Pierre Lapointe
: « Je ne comprends pas tout moi même et je ne le souhaite pas. J'aime le mystère autour de la création. »
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Avec vos chanson rock-électro un brin décalées et votre poésie étrange, seriez-vous le Tim Burton de la chanson ?
J'aime beaucoup Burton, mais j'ai eu des influences beaucoup plus importantes dans ma vie. Je pense à Jean Cocteau, Fellini, Cronenberg, Matthew Barney. Il y a eu plusieurs choses qui m'ont formées : le travail de gens comme Paco Rabane, Vivienne Westwood, ceux qui ont travaillé le grandiose pour en faire des éléments de la culture pop. Musicalement, je suis quelque part entre Marcel Duchamps, les Beatles, Björk, Radiohead, Michel Berger, Brigitte Fontaine, Robert Charlebois, Barbara et Joséphine Baker.
Composer des titres aussi personnels exige énormément d'inspiration et d'énergie. Laisse-t-on des plumes à trop se livrer ?
Le truc, c'est de se livrer en ne disant finalement pas grand chose. Rester juste assez flou pour garder une distance entre notre vie et ce que l'on chante. Ça protège, oui, mais c'est surtout plus intéressant pour le public. Cela laisse la place à l'interprétation.
Vous avez un don pour l'écriture, peindre les images avec des mots. De quelle manière travaillez-vous ?
C'est très rythmique. J’écris souvent la musique et le texte en même temps. J'ai besoin de ça. Je travaille par période. Je peux passer sept ou huit mois sans rien écrire. Durant ce temps j'emmagasine toutes sortes d'images et de sensations. Jusqu’à ce qu’il y ait un trop plein d'informations que je dois évacuer. Cette seconde phase se déroule souvent très rapidement. En une semaine, je peux terminer cinq ou six chansons.
Avez vous un secret ?
Je ne comprends pas tout moi même et je ne le souhaite pas. J'aime le mystère autour de la création.
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Pierre Lapointe
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« Avant d’être chanteur, je suis un mélomane maladif. »
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La mélancolie, les couleurs automnales, sont omniprésentes dans vos textes. Les mots sont importants pour guérir les maux ?
Je ne sais pas si les mots guérissent, mais ils aident à comprendre. Je fais ce métier avec une volonté de mieux me comprendre et par conséquent, de mieux comprendre l'universalité des sentiments humains. Et les chansons m'aident beaucoup.
Votre univers se suffit à lui-même, mais vous interprétez parfois des reprises sur scène. Pourquoi ?
Avant d’être chanteur, je suis un mélomane maladif. J'écoute de la musique sans arrêt. J'adore la chanson et je trouve important d’interpréter le travail d'autres auteurs. C’est souvent l’occasion de saisir des choses sur mon propre travail. Je découvre de nouvelles façons d'approcher l'interprétation de mes textes. Et pour le public, découvrir ce qui a marqué l'univers du gars sur scène est intéressant. Mais je choisis des chansons qui collent à mon univers. J'ai par exemple chanté durant plusieurs mois La symphonie pastorale de Brigitte Fontaine. C'était un peu pour rendre hommage à celle qui m'a donné le goût d'écrire ma première chanson. Sinon, que ce soit Charlebois, Hardy, Berger, Brel, Dassin ou Michèle Richard (une chanteuse Québecoise yéyé des années 60), c'est avant tout pour le plaisir. Je ne suis pas seulement auteur compositeur, je suis aussi interprète.
Vous venez régulièrement à Paris. Avez-vous un coin secret, un endroit particulier où vous aimez flâner ?
J'ai mes passages obligés. Je vais toujours faire un tour à Pompidou, au palais de Tokyo. Je reste toujours attiré par les arts visuels, surtout à l'étranger. Je suis également attaché à Pigale et Montmartre. J’y ai vécu plusieurs mois avec ma bande de musiciens, c'est un peu comme mon deuxième chez-moi. C'est là qu'on a fait nos premiers spectacles à Paris, à La Boule noire et à La Cigale. On a passé tellement d'heures à La Fourmi… C'est notre salon !
Retrouvez ici notre dernière interview de Pierre Lapointe.
Retrouvez ici le compte-rendu de concert de Pierre Lapointe au Café de la Danse.
Retrouvez ici le compte-rendu de concert de Pierre Lapointe à la Boule Noire. 
Propos recueillis par Jean-Christophe Mary
Aller plus loin (liens) :
Le site de Pierre Lapointe
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