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Yael Naim à la Boule Noire |
Yael Naim à la Boule Noire "Salle comble pour Yael"
Pour une artiste au succès naissant, prévoir une quinzaine de dates même dans une petite salle comme la Boule Noire peut sembler prétentieux, voire utopique. Pour la jolie Yael Naim et son label Tôt ou Tard, c’est être prévoyant : loin du succès d’estime, c’est salle comble que la Boule Noire fait tous les soirs depuis le 23 novembre. Elle y joue encore jusqu’au 8 décembre. Attiré par le fameux titre New Soul, le public ne boude vraiment pas son plaisir !
20h et quelques minutes. La première partie entre en scène. Le musicien, seul avec sa guitare, ne se présente pas et ne sera pas présenté : c’est donc du bel inconnu dont nous parlerons. « Je ne suis pas Yael Naïm… » annonce-t-il.
La question demeurera effectivement en suspens ! Il n’est pas mal, cela dit. Il se retourne, offre au public un réajustement de pantalon dans un superbe déhanché évocateur… La musique, plutôt pop, en anglais et français, résonne d’émotions. L’inconnu reprend un Je peux très bien me passer de toi détonnant, qui ferait oublier la version de la Mano Negra. Au final il séduit relativement la salle, sans non plus déchaîner les foules. Petit bémol : si les chansons en français, mélancoliques, collent bien au personnage, son accent anglais ferait se retourner dans leur tombe les amoureux de Shakespeare…
Petit intermède. 21h. Enfin, Yael entre sur scène. Elle écarquille les yeux, lâche un « wooow » d’admiration devant la salle comble. Un peu comme un enfant qui sauterait de joie devant une pochette surprise. Petite tunique rose courte, c’est un bonbon qui déboule sur scène, une jeune femme tout en fraîcheur et en naturel.
Très vite, elle nous présente son binôme, David Donatien, aux percussions : « cet album, c’est notre projet, on a passé trois ans à le construire dans un tout petit appartement ». L’alchimie avec les autres musiciens; un bassiste et un clavier, est palpable.
Voix douce, Yael chante d’abord son titre Paris comme une berceuse, hommage à son pays d’adoption. Référence au mal du pays qui l’a vu grandir aussi, Israël : «Loin de ma maison, à Paris». Elle chante en hébreux, en français… La note finale ? Joyeuse «je suis si heureuse à Paris». La bretelle de sa tunique tombe. Oups, elle la remonte d’un geste. Les paroles en hébreux échappent à la plupart des spectateurs, mais la mélodie délicieuse suffit à les conquérir. Petite impro à la Edith (Piaf) pour conclure le morceau : « noooon, je ne regrette rien »… La bretelle est retombée, Yael s’en fout, elle chante !
Un peu plus tard, moment inouï : Yael reprend non sans audace le tube « intergalactique » d’« une personne que nous aimons beaucoup », précise-t-elle…Britney Spears ! Elle entonne une version de Toxic pas vraiment trash, plutôt mutine. Sa voix navigue des graves aux aigues avec aisance. Soit, admettons : Yael Naïm, ce n’est pas que la balade doucereuse de New Soul. Elle a du coffre, elle rugit presque, éclate de rire. « Wow » à notre tour ! Derrière ses cinquante kilos tout mouillés, son visage angélique, c’est une « show-woman » qui sait charmer sa troupe.
Le public, très sage, se réveille un peu. Merci Britney, euh… Yael ! Au piano, elle s’amuse. Avec son équipe, avec son public. Elle nargue l’audience : « ils sont calmes ici… Ils s’ennuient je crois! » Alors elle invite la foule, pas encore en délire, à entonner avec elle son prochain morceau. Elle se demande « pourquoi tombons nous amoureux » : « Why do we fall in love » (en même temps, si on le savait…). Le show se fait jazzy, on pense à la comparaison souvent dressée avec l’américaine Norah Jones. Mais l’univers de Yael Naim est unique. Un mélange inédit de pop, folk et jazz en trois langues.
Le show approche de la fin. Yael annonce : « cette chanson a été écrite parce qu’avant, j’étais sûre que j’étais une vieille âme. Et puis je me suis rendue compte que non, je suis en fait une nouvelle âme ». Enfin, c’est au tour de THE chanson, New Soul. Forcément, en live, le titre vous transporte encore plus au royaume des gentils et des fées que sur les ondes de la radio. Pour ne pas être emporté, il faut vraiment avoir un cœur de pierre !
Quelques chansons plus tard, elle sort de scène. Déjà. Traditionnel premier rappel, traditionnel deuxième rappel… Yael appelle un homme dans l’assemblée, une « guest star ». Renseignements pris, il est parti dîner ! Alors Yael reprend à nouveau Toxic, en attendant son retour. L’invité mystérieux arrive enfin : il s’agit de Kevin Michael, étoile montant de la soul aux Etats-Unis. Ensemble, ils chantent tour à tour une chanson soul, sans jamais se voler la vedette, puis une reprise de New Soul sauce américaine. Akil, la human beat-box de Kevin Michael, rape sur le titre phare, tout le monde se lève pour chanter avec eux.
Ça y est, les lumières se rallument. On remet la cravate correctement, on reprend ses affaires, on plane encore un peu, mais une chose est sûre : les amateurs « appâtés » par l’unique titre radiophonique ont adopté l’artiste. Sans aucun doute, ils reviendront !
Crédit photo : Aena Léo.

Solenne Robin
En savoir plus :
Le site de Yael Naim
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