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Yann Tiersen "Les retrouvailles"
La musique de Yann Tiersen ? Une rivière dans le désert. Une caresse après les coups. Un soupçon de finesse dans un monde de brut. Un plongeon dans l’océan. Un rayon de lune dans la nuit noire. La solitude après la foule. Une pincée d’éternité dans un monde shooté à l’ADSL…
Pour beaucoup, Yann Tiersen, c’est d’abord Amélie Poulain. Rien ne l’énerve plus : « Je n’ai passé que 15 jours sur cet album et la plupart des titres n’étaient pas écrits pour le film… », explique-t-il dans la presse. Marre d’Amélie, il n’a pas pour autant renoncé à la composition de BO. Sur Good Bye Lenin, il se laisse aller à quelques airs de piano éthérés et sublimes. À la conquête de nouveaux territoires sonores, il signe quelques mois plus tard un album avec Shannon Wright, tout aussi intimiste et frémissant.
Il ressent alors le besoin se poser pour prendre à nouveau le temps de composer. Il s’isole. Sur l’île d’Ouessant, qu’il connaît bien puisque c’est là qu’il a composé son premier succès, Le Phare. Là-bas, il jette les bases de ses Retrouvailles, accompagné de sa bande de musiciens. C’est ce travail qu’on découvre sur Traversée, le DVD qui accompagne son album en édition limitée. Imaginez : en promenade dans les rues d’Ouessant, vous levez les yeux et tombez sur… Yann en train de jouer du violon sur son balcon, en plein trip, clope au bec…
Progressivement, le film révèle comment les mélodies découvertes avec délices sur le disque prennent forme, avant que le musicien se rapatrie sur Paris, où il y met une touche finale. Une touche à laquelle contribuent ses complices Dominique A et Miossec, qui partagent un titre inventé ensemble. Mais aussi Jane Birkin, venue interpréter un morceau sensiblement politique, une double surprise.
Ces morceaux signent les retrouvailles du musicien avec une façon de travailler qu’il avait un peu perdu. Mais aussi avec le style mélodique et la floraison sonore de son album La Valse des monstres, bien que les mélodies soient un peu plus rocks et rêches. Mais toujours aussi énigmatiques et intimistes.
Énigmatiques à cause des instruments insolites qu’on y entend. Mais aussi à cause des émotions claires-obscures qui s’en dégagent. Yann touche et bouscule. Sur un même titre, un air mélancolique se transforme quelques notes plus loin en mélodie claire et luxuriante, belle comme la lune. C’est ça, la magie de Yann Tiersen. Concentrer en quelques minutes éternelles un éventail d’émotions aussi apaisant que malmenant. Attention, on devient vite accro…

Marie Charrel
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