Yann Tiersen
"Tiersen on Tour"
Il a joué en Chine, en Australie et au Liban. Pour immortaliser cette tournée, Yann Tiersen sort un CD/DVD live, Yann Tiersen on tour. L’auteur de la BO d’Amélie Poulain y joue l'essentiel de son dernier album, Les retrouvailles. L’occasion de retrouver les mélodies fines et claires-obscures de Tiersen, sur un son plus rock et brut. En osmose avec ses musiciens, il interprète également quatre morceaux inédits et quelques duos mémorables, avec Katel et Diams. Rencontre.
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propos recueillis par Aena Léo | le 28/11/2006 |
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Yann Tiersen
: « Il flotte un étrange état d`esprit en France : la résignation. »
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Ce CD/DVD, enregistré et filmé lors de la tournée des Retrouvailles, se caractérise par un son beaucoup plus rock que celui de l'album studio. Finalement, il marque surtout tes retrouvailles avec le son rock de tes débuts ?
Oui, c'est un retour aux sources ! Même si j'ai plutôt l'impression d'avoir toujours été dans la même mouvance. Finalement, le passage par l'acoustique, c'était pour distiller la même énergie que celle que je mettais dans le rock, mais différemment.
Est-ce que ce retour au rock marque une nouvelle orientation pour tes albums à venir ?
Je n'aime pas parler du futur, il se construit au jour le jour. Mais probable !
Sur scène, tu es en véritable symbiose avec tes musiciens, et le DVD révèle quelques moments partagés sur la route. Comment les as-tu rencontrés ?
Je travaille avec certains depuis longtemps, d'autres moins. On vient tous d'univers différents et malgré tout, on est sur la même longueur d’onde, on se comprend.
Le montage du DVD correspond particulièrement bien à l'atmosphère de l’album. Ce n’est pas une suite de concerts filmés, mais un mix d’images de la scène et de la route. Pourquoi ce choix ?
Aurélie du Boys a réalisé le film, je l’ai laissée faire. Elle fonctionne à l'instinct comme moi, donc c'est très juste. Il n'y a aucun effet visuel sans raison. C'est instinctif, pas cérébral : c’est la meilleure façon de coller à la musique.
Le DVD révèle également quelques duos marquants que tu as réalisés sur scène, dont un avec Katel. Comment l'as-tu rencontrée ?
Un peu par hasard. Au cours de la tournée, nous avons joué dans un festival à Saint-Lô, en Normandie. Elle était là. Je ne connaissais pas du tout ce qu'elle faisait. On a vu sa première partie et on a aimé. C'est la première fois que je voyais quelqu'un qui dégage une telle énergie sur scène ! Alors j'ai voulu qu'on joue ensemble.
Le morceau que tu interprètes avec elle, La rade, est un inédit. Comment l'as-tu composé ?
Nous avions déjà commencé les concerts, je l'ai écrit sur la route. La tournée me porte tellement que j'ai eu envie de continuer à composer. Mais c'est la première fois que je compose ainsi alors que je joue encore un autre album sur scène.
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Yann Tiersen
: « Dans les grandes villes il faut faire des choix en permanence. J`aime ne pas avoir à choisir, me laisser porter. »
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Quant à La Rade : tout est parti d'un constat. Il flotte un étrange état d'esprit en France : la résignation. Les gens subissent. C’est ce qui m’a inspiré. Le gouvernement a une telle mauvaise foi, il promet des choses, recule... Personne n'a poussé le machiavélisme aussi loin. C'est un peu comme quand quelqu'un sort d'un grand magasin avec une télé dans les bras : c'est tellement énorme qu'on ne peut pas imaginer qu'il l'a volé. Avec les politiques, c'est pareil. Leurs promesses sont tellement énormes que les gens ont parfois du mal à imaginer que ce sont des bobards. Mais si. On est en pleine régression. On a l'impression de revenir dans les années 50, avec cette étrange ambiance du “c’était mieux avant”.
Oui, l'esprit Pensionnat de Chavagne s'empare de la France...
Je n'ai pas la télé, je n'ai jamais regardé le pensionnat de Chavagne... mais c'est à peu près ça. Même Vincent Delerm en parle dans ces chansons : il faut dire si c'est grave !
Ce CD/DVD est également l’occasion de te découvrir sur scène avec Diams. Tu l'as rencontrée elle aussi sur un festival ?
Non. Nous avons écouté son album dans le bus. J'ai beaucoup aimé sa voix, les textes, qui sonnent très juste. L'idée du duo est partie de là.
Les paroles sont engagées. Est-ce qu'elles te donnent envie de prendre la parole dans le débat qui se profile en 2007, de composer des morceaux plus engagés ?
La rade est déjà un morceau engagé. La politique prend une telle place aujourd'hui sur la scène médiatique qu'écrire également des textes comme celui-là me semble incontournable. Je pense qu'il est urgent de débattre, de trouver une alternative au libéralisme.
Il y aura donc d'autres morceaux dans l'esprit de La rade sur ton prochain album studio ?
Sans doute.
Composer pendant la tournée n'est pas ton habitude donc. Généralement, tu as plutôt besoin de solitude pour écrire ?
Oui et non. Commencer un album n'est pas facile. L'angoisse de la page blanche, c'est un moment qu'on vit forcément seul. Du coup, j'aime être entouré de personnes à qui je tiens. J'aime que travailler soit naturel. C'est pourquoi je n'aime pas composer à Paris. Quand je ne suis pas inspiré, je vais au ciné, ça me prend la journée. A Ouessant, il n'y a pas ces distractions, et je ne suis pas obligé de me dire : « je choisis de pas travailler ». Je suis libre. Quand je ne suis pas inspiré, je vais boire un verre avec des amis et j'y retourne. Dans les grandes villes il faut faire des choix en permanence. J'aime ne pas avoir à choisir, me laisser porter.
Tu vas jouer en Chine au mois de décembre. C'est la première fois ?
Oui. On va faire l'Australie, l'Indonésie, la Chine. C'est génial ! Cette tournée nous a donné la chance de jouer dans de nombreux de pays, dont des nouveaux.
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Yann Tiersen
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« Nous sommes allés jouer jusqu`à Beyrouth. La soif de reconnaissance et de vivre de cette ville m?a beaucoup marqué. »
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Tu auras le temps pour un peu de tourisme ?
Non, car nous avons des dates tous les jours. Mais ce n'est pas grave. On n'a pas le temps de découvrir le paysage, mais on découvre une autre visage du pays, tout aussi intéressant. Lors de l'organisation des concerts, on croise des professionnels de la musique, des gens qui travaillent. Finalement, c'est peut-être une approche plus vraie que celle du tourisme. On capte plus de choses. Quand nous sommes allés à Beyrouth, on a discuté avec des gens du pays hors cadre touristique, ça donne une approche plus vraie, nous avons saisi l'essence de la ville. C'est ce qui est formidable dans une tournée.
Qu'est-ce qui t'a le plus marqué dans cette tournée ?
Beyrouth justement. Cette ville pleine de paradoxes, fascinante, m'a beaucoup impressionné. J'ai pu allé dans le camp palestinien de Chatila. Les habitants y ont une telle soif de reconnaissance, ils étaient tellement heureux de nous voir jouer... Ces émotions brutes, c'est bouleversant.
Beyrouth est encore en construction. La ville est encore marquée par la guerre, mais en même temps, il flotte une certaine légèreté de vivre, l'envie de profiter de la vie.
Enfin, pour terminer cette interview, voici un petit questionnaire qui amuse beaucoup musiQualité...
....Quel est le métier que tu aurais pu faire si tu n'avais pas été musicien ?
La question ne se pose pas, je ne serais pas là... Mais ce serait sûrement quelque chose dans la création.
A l’inverse, quel métier tu n'aurais pas pu faire ?
Huissier.
Quel est ton mot ou expression préférée ?
Partage en anglais : to share.
Le mot que tu aimes le moins ?
Bonne continuation. Je n'aime pas trop ce que ça évoque. En fait, je ne comprends pas ce que ça veut dire : évidement qu’on continue !
Si Dieu existe, et qu’il t’attend aux portes du Paradis, que lui dirais-tu ?
Merci.
On Tour, CD/DVD live, sortie le 13 novembre 2006 chez EMI. 
Propos recueillis par Aena Léo
Aller plus loin (liens) :
Le site de Yann Tiersen
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