CD/Disque
Youssoupha "A chaque frère"
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   La meilleure formule pour rafraîchir le rap français ? De l'énergie, de la sincerité et des choses à dire...
Après avoir entendu parler du bonhomme, j'avais eu l'agréable surprise de découvrir Youssoupha sur scène au Nouveau Casino en première partie de Soprano, et même si sa prestation était plutôt courte, elle avait donné envie d'en entendre d'avantage. Comme en 2006, lorsqu'il avait tout pété en première partie de Busta Rhymes au Zénith. Voici donc son album, aux instrus qui tapent et au leitmotiv malicieux, "t'avais jamais entendu de rap français". Au-delà du ton flambeur de circonstance d'une telle affirmation, il est indéniable que Youssoupha porte avec lui une fraîcheur et une insolence à même de secouer les puces du hip-hop français, à l'instar d'autres membres de la génération montante comme Soprano, Keny Arkana, Abd Al Malik ou MAP, pour ne citer volontairement que ceux ayant des choses intéressantes à nous raconter. On retrouve avec plaisir sur la galette les morceaux épiques qui avaient fait vibrer les salles, comme Dangereux. Les mélodies cognent presque toujours juste, comme sur Ma destinée où l'on retrouve les indémodables ingrédients piano-sample féminin. Youssoupha choisit de la jouer plus énervé sur le très réussi Les apparences nous mentent, où il prétend se méfier de tout et de tout le monde, comme ces rappeurs "qui s'inventent une vie de voyou quand ils deviennent narrateurs". Il faut reconnaitre que certains titres sont plus indigestes, comme le sirupeux Macadam, Nouveau désordre ou En marge. Mais c'est vraiment faire la fine bouche, parce que la plupart des choix sont vraiment très bien, notamment dans les textes : "Mon rap choque comme un attentat/Habitude punk, arrêtez les beats crunk/Putain, on est pas à Atlanta/On entame/Une nouvelle épopée/Ca fait de longue date/Qu'on est de taille/Vu les entailles dont on a écopé" (Dangereux). Youssoupha a aussi eu le flair de choisir des invités avec lesquels on ne peut jouer que sur du velours, Diam's sur Les meilleurs ennemis et Kool Shen qui se charge du refrain du tonique Le monde est à vendre. On peut citer également, en vrac, l'instru cainf' très mimi de Ma sueur et mes larmes, ou les textes de One love : "Faut que je m'arrache de ce marasme/Marianne est une marâtre/Et ma race est trop noirâtre/J'veux placer ma rage/Lassé depuis le démarrage/J'en ai cassé des barrages/Et le passé j'm'en débarasse". Enfin, ne ratez surtout pas les deux derniers tracks (bonus), tendance joyeuse avec Classique et ambiance marathon avec le long (6'14) et très joli Eternel recommencent.
Matteu Maestracci
Hostile (mars 2007)
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